10 juin 2011

La ronde des sentiments

Il y a de nombreux sentiments en moi... ils se succedent, sont plus ou moins forts mais ils sont tous la, toute la panoplie humaine est en moi avec des reactions qui sont parfois différentes des autres personnes.

Par rapport a la maladie en question, les sentiments en question sont : 

   - La honte : honte de voir ce que je suis capable de faire a mon corps, via mon esprit. Que je sois en phase de crise ou je malmene mon corps ou en phase de reprise excessive de controle ou je malmene egalement mon corps mais dans le sens inverse.
En ce moment, je mange toutes les 24 heures. J'ai fait une crise dans la semaine, j'ai failli sombrer mercredi mais je ne l'ai pas fait. J'ai sombré lundi... un jour de solitude.
J'ai l'impression que, pour me punir d'avoir sombré et d'avoir failli recommencé (il s'en est fallu de peu...), mon esprit se met en mode "jeûne". Je ne mange que le midi parce que je suis au travail et qu'ils n'accepteraient pas de ne pas me voir manger, alors je suis le mouvement et personne ne se rend compte de rien.

   - La peur, voir l'angoisse : Peur de rechuter, de perdre a nouveau tout controle de moi; Peur de retourner dans un magasin; Peut etre meme la peur de vivre encore et de devoir me battre sans cesse contre cette maladie.

   - La joie : Lorsque je rentre a nouveau dans une periode de perte de poids. Fin decembre, debut janvier, j'etais a 74 kg pour mon a peine 1m70. Au jour d'aujourd'hui, je suis toujours a la meme taille mais je suis a 64,6 kg ce matin sur la balance.
Joie aussi lorsque, apres une journée ou je sens l'erreur non loin, j'arrive a m'en sortir, comme mercredi soir.

   - La colere : Lorsque j'en viens a ne manger plus qu'une fois par jour, voir moins parfois les weekends ou je suis seule; Lorsque je "crise" (le verbe criser existe t il seulement? Je le decline assez bien quoi qu'il en soit, tout comme le verbe "craquer"! ^.^) et que je n'arrive pas a m'arreter.

   - L'oubli : est ce vraiment un sentiment? Peut etre pas sur le moment mais j'adore quand il y a du monde, que j'oublie cette maladie, que j'oublie cette bouffe qui me hante parfois. Pour moi, il fait parti des bons sentiments.

Peur et honte se voient facilement : je m'arrange pour etre seule dans ces moments noirs, sursautant au moindre bruit pouvant trahir une présence; je me cache et ce "jeu" est parfois malsain... comme lorsque l'on est pas seul, que personne n'arrive (donc on n'entend personne approcher) et que l'on nous demande quelque chose a distance (soit de vive voix, soit le telephone qui sonne, soit...) et que l'on doit arreter la crise pour repondre, faire semblant que tout est normal.
Ma derniere experience ? Le vendredi juste avant la fete des meres... soirée difficile... mal passée, je crois que je n'ai pas arreté de manger de la journée ce jour la... et le soir j'ai ma mere au telephone puis un ami. J'avais jusque là la copine de cet ami par SMS, ce qui, bien entendu, n'empechait rien du tout... je me sentais tellement mal... le carnage dans la maison suite a cette nouvelle journée penible...

Pourtant, il faut essayer de se battre chaque jour, un jour a la fois, sans essayer d'anticiper sur l'avenir, sans non plus s'appitoyer sur le passé.

Lorsque les crises sont arrivées chez moi, j'en voulais a la Terre entiere... c'etait beaucoup de ma faute (ca a toujours beaucoup ete de ma faute dans ma tete!^.^) parce que je gerais mal certaines choses, mais j'en voulais aussi a mes parents, a mon compagnon du moment, a mon entourage proche... bref, tout le monde etait fautif.
Avec le temps (et un peu d'aide), j'ai appris a voir les choses différement, petit a petit... Mes parents n'y sont pas pour grand chose et le fait qu'ils soient au courant et ne puissent rien faire n'est pas non plus de leur faute. Gerer une maladie inconnue ou qui n'arrive qu'aux autres, ce n'est pas une mince affaire. Pour celui qui partageait ma vie a ce moment la, il y a maintenant bien d'autres motifs pour lesquels je lui en veux, du coup, il n'est pas totalement innocent dans mon esprit mais il n'est pas non plus responsable de tout cela, il ne pouvait pas non plus gérer, ni meme mon entourage proche. Agissant dans la clandestinité, me cachant lors de mes crises, comment auraient ils pu voir quoi que ce soit avant que je ne leur en parle (et encore, je n'aborde cela que rapidement, car mal a l'aise...), comment auraient ils pu deviner et, plus que tout, comment auraient ils pu faire quoi que ce soit?
Cela va faire 3 ans que j'essaye d'avancer a travers ce brouillard. Je sais que c'est peu comparé a certaines personnes qui vivent ce calvaire depuis de nombreuses années mais, dans mon malheur, j'ai été chanceuse : certes j'ai été touchée par cette maladie problematique MAIS j'ai un esprit critique assez developpé, j'ai été touchée a un age plus avancé que d'autres, un age ou l'on peut mieux comprendre que cela n'est pas normal, un age ou l'on peut appeler a l'aide sans avoir forcement a passer par ses parents. J'ai donc pu tenter de m'en sortir par moi meme.

Resultat?
Oui, cela fait 3 ans que je suis sujette aux crises.
Oui ma vie est parfois un veritable calvaire quand la seule chose a laquelle je suis capable de penser, c'est a la bouffe.
MAIS
J'ai pu etre suivie par une psy
J'ai pu trouver un groupe de soutien auquel je vais maintenant
Je suis en mesure de chercher des solutions

J'ai parfois l'impression de foutre ma vie en l'air, de mettre ma santé en danger dans une balance qui ne penche pas en mon sens mais je ne me sens pas la force de lutter contre tout ca. J'ai l'impression de tenir les gens a distance parce que ceux qui m'approchent doivent etre au courant (j'en suis convaincue, vivre avec quelqu'un sans lui parler de tout ca n'est pas une solution, cela implique de ne pas avoir confiance en l'autre et je ne peux pas vivre avec quelqu'un en qui je n'ai pas confiance...)
J'essaye de m'en sortir par tous les moyens que je trouve et qui sont a ma portée.
Maintenant, cela me prendra le temps necessaire pour que je m'en sorte mais, je devrais finir par y arriver. Quand? Comment? Est ce que qui que ce soit accepterait de faire le chemin avec moi? Autant de questions auxquelles je n'ai aucune réponse. Pourtant, j'aurais aimé avoir une vie différente mais on fait avec ce que l'on a, n'est ce pas! :)

Posté par sevoa à 11:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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